2021 - Appel à candidature pour un contrat doctoral : "Coproduction des savoirs et des arrangements institutionnels et matériels dans la gouvernance locale de l’eau en Nouvelle-Calédonie"

Contexte et Problématique scientifique
Face au changement climatique, les recherches sur l’eau en anthropologie connaissent un développement important en parallèle de la montée des conflits mais également des enjeux de reconnaissances autochtones (Casciarri et Van Aken, 2013 ; Riaux, 2019). Les notions de waterscapes(V. Strang, 2009) et l’appréhension de l’objet eau comme « fait social et écologique total » (Wagner, 2013) amènent à appréhender l’eau au travers de réseaux connectant humains de non-humains (Descola, 2005). Plus spécifiquement, il importe de prendre en compte la matérialité de l’objet eau autant que les liens entre acteurs humains et non-humains (Latour, 2006) pour comprendre la soutenabilité des sociétés dans lesquelles ils s’inscrivent (Wagner, 2013). Dans cette thèse il s’agira de décrire et d’analyser comment les savoirs hydrauliques pluriels (locaux, scientifiques, juridiques, techniques…) se rencontrent et s’articulent (ou non), notamment au travers d’arrangements matériels et institutionnels à l’origine de modes de gouvernance spécifiques de l’eau à l’échelle locale et en lien avec des échelles de gouvernance supra-locales. Ainsi, à l’interface entre socio-hydrologie, théorie de l’acteur-réseaux (Latour, 2006) et anthropologie du développement (Olivier de Sardan, 1995), la thèse a vocation à analyser les articulations entre savoirs pluriels et arrangements institutionnels et matériels dans la gouvernance de l’eau en Nouvelle-Calédonie.  
Pour cela, le cadre conceptuel mobilisé sera le celui du cycle hydrosocial défini par J. Budds et J. Linton (2014) pour sa capacité à prendre en compte les savoirs locaux et à mettre en lumière les « bricolages » au sens de la l’anthropotechnologie (Geslin, 2002) et de la socio-hydrologie (Sivapalan et al., 2012). Les approches en termes d’assemblage, agencement et acteur-réseau (Müller & Schurr, 2016 ; Dodier & Stavrianaki, 2018) seront utiles pour décrire et analyser les connexions entre acteurs humains et non-humains organisant la circulation et la gestion et l’usage de l’eau. Enfin, la gouvernance sera abordée dans une perspective non normative et considéré comme une régulation en mouvement et construite à travers les interactions entre acteurs (Blundo et Le Meur, 2009).
Ainsi, en Nouvelle-Calédonie (Lejars et al., 2019), comme ailleurs (Aubriot, 2004 ; Riaux, 2013), des études récentes sur les usages, les pratiques et les représentations liées à l’eau dans les sociétés « traditionnelles » ont montré que les savoirs locaux continuent d’influencer la gouvernance de l’eau. Ces savoirs et pratiques associées transparaissent de manière plus ou moins ténus dans les arrangements institutionnels et matériels qui structurent la gouvernance locale de la ressource (Cavé, 2009 ; Trepied, 2011). La gouvernance de l’eau est le fruit d’une organisation institutionnelle particulière en Nouvelle-Calédonie. Elle est dotée d’un cadre réglementaire incomplet et parfois décalé par rapport aux usages et aux pratiques locales. L’organisation institutionnelle est différente en fonction du statut foncier des terres, les terres coutumières étant notamment exclues du domaine fluvial de la Nouvelle-Calédonie d’après l’article 44 de la loi organique de 1999 modifié en 2009. Des tensions sur terres coutumières s’exacerbent de ce fait, autour de l’eau « sacrée », la pollution, notamment minière, la tarification et l’accès à l’eau potable (Demmer, 2002 ; Leblic, 2005).

Le projet de thèse fait suite à plusieurs projets de recherche, dont le projet GOUTTE (GOUvernance de l’eau sur Terres couTumiEres : de la connaissance des savoirs locaux à la production d’outils de gestion), porté par l’Institut d’Agronomie Calédonien en collaboration avec le CIRAD, l’IRD et l’UNC (Bouard et al., 2020). Il s’inscrit également dans le cadre de la première politique de l’eau calédonienne, la PEP, dont le schéma d’orientation a été votée par le congrès en mars 2019 (Lejars et al., 2021). Dans le contexte unique de la Nouvelle-Calédonie dit de « décolonisatiodécolonisation négociée » et à travers sa politique de rééquilibrage (Bouard et al., 2016), le gouvernement du pays tente d’inscrire les savoirs locaux dans la co-construction de modes de gouvernance hybrides.

 
Etapes du travail
Le travail de thèse comportera trois grandes étapes :
1. Dans un travail bibliographique, le(a) doctorant(e) mettra l’accent sur l’articulation de cadres analytiques mobilisant les concepts de cycle hydrosocial, de savoirs locaux et d’arrangement institutionnels.
2. Un deuxième volet consistera à analyser les formes de gouvernance qui émergent de l’articulations entre les différents types de savoirs (traditionnels, techniques, non-normatifs) notamment à travers la description des arrangements institutionnels et matériels (formels, informels) et leurs évolutions et leurs interrelations en Nouvelle-Calédonie. Ce terrain se caractérise par une complexité de la propriété foncière, des droits d’usage et de gestion de l’eau. Le(a) doctorant(e) associera pour cela terrains ethnographiques sur terres coutumières mais aussi entretiens auprès des gestionnaires et la mobilisation d’archives.

3. Dans une approche plus prospective et participative, Les résultats de la thèse pourront être mis en débat lors des ateliers menés dans le cadre de la PEP, et contribuer à la production d’une grille d’analyse tel que cela a été fait sur le programme NERVAL au sujet de la valeur des lieux, qui pourrait servir à l’ensemble des acteurs de l’eau de la Nouvelle-Calédonie (Levacher et al., 2016 ; Le Meur et al. 2020 ; Abrami et al., 2008).n négociée » et à travers sa politique de rééquilibrage (Bouard et al., 2016), le gouvernement du pays tente d’inscrire les savoirs locaux dans la co-construction de modes de gouvernance hybrides.

 
Collaborations
La thèse sera codirigée par Pierre-Yves Le Meur (UMR SENS, IRD) et Séverine Bouard (TERAU, IAC) et encadrée par Caroline Lejars (UMR G-EAU, CIRAD). Le(a) doctorant(e) sera accueilli au sein de l’équipe TERAU à Pouembout, avec des déplacements et accueils ponctuels au sein de l’UMR G-EAU et de l’UMR SENS.
La thèse reposera sur un important travail de terrain en Nouvelle-Calédonie, notamment en province Nord et bénéficiera des appuis de l’IAC, de l’IRD et du CIRAD.

Le doctorant bénéficiera ainsi, pour son accès au terrain ainsi que pour son accompagnement scientifique, de contacts établis avec les institutions locales et régionales lors des précédents projets de recherche développés par l’IAC, le CIRAD et l’IRD sur la gouvernance de l’eau.

 

Contact : 

Directeur de thèse : Le Meur Pierre-Yves, HDR anthropologie, IRD, UMR SENS (CIRAD-IRD-UPVM), Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Co-direction : Bouard Séverine, géographe, IAC ; équipe TERAU, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Encardrement :Lejars Caroline, chercheuse en économie-gestion, UMR G-Eau CIRAD,Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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