Comprendre les dynamiques hydrologiques des zones deltaïques aménagées dans une perspective de Gestion Intégrée des Ressources Naturelles - Christina Orieschnig

Les grandes plaines deltaïques sont considérées comme faisant partie des zones les plus vulnérables aux changements globaux. Ce sont des régions fortement peuplées, avec des systèmes agricoles très intensifs et productifs d’importance nationale et internationale, et sujettes à des mutations environnementales significatives : montée du niveau de la mer et salinisation des eaux et des terres, construction d’infrastructure de contrôle de l’eau –barrages- dans les bassins versants amonts, etc.

 

Boating1©  Baoting, Venot J.P., IRD

 

 

Comprendre comment les zones deltaïques vont répondre à des pressions « externes » et des dynamiques « internes », et donc quel modes de gestion et gouvernance pourraient être mis en place pour en atténuer les impacts nécessite une compréhension fine de leur fonctionnement hydrologique.

Il s’agit là d’une question scientifique à part entière qui présente de nombreux défis. Les zones deltaïques sont en effet des hydro-socio-systèmes complexes à appréhender, et ce, pour plusieurs raisons : (1) un réseau hydrographique ‘diffus’ fait de cours d’eau naturels et d’infrastructures de dérivation et contrôle de l’eau interdépendants; (2) une variabilité intra-annuelle de l’occupation des sols (zones inondées/exondées) ; (3) des directions et vitesses d’écoulement différentes en fonction des saisons mais aussi des marées ; (4) des infrastructures pouvant jouer à la fois le rôle d’approvisionnement en eau mais aussi de drainage ; (5) une forte sensibilité vis-à-vis de la topographie et des dynamiques de sédimentation ; (4) l’absence de station de mesures suffisamment distribuées pour donner une image précise de leur fonctionnement et nourrir des modèles hydrologiques classiques.

Le développement de l’information spatiale a largement accru les possibilités de caractérisation des dynamiques hydrologiques à l’échelle de grands systèmes (voir notamment les travaux de l’UMR sur les petits barrages, les périmètres irrigués, les zones deltaïques). L’application de ces méthodes à des échelles plus fines reste cependant un enjeu important notamment dans un contexte de multi-usage de l’eau. Par ailleurs, l’utilisation d’informations de natures et d’échelles différentes (surfaces en eau, évapotranspiration, données locales  d’hauteur d’eau ou de temps et débit de pompage etc.) pose des questions méthodologiques en termes de gestion de données pour la paramétrisation de modèles hydrologiques intégrés.

 

 

Canal 67 Intake sept 2017 1© Canal 67 Intake sept. 2017, Venot J.P., IRD

 

 

D’autre part, les questions de gestion intégrée amènent à construire des modèles spécifiques mettant en relation des forçages hydrologiques, des usages de l’eau (pompages agricoles notamment), des gestions d’ouvrages de régulation… en vue d’évaluer la sensibilité des services fournis par les deltas aux grands changements environnementaux, qu’ils soient issus des changements climatiques ou des politiques nationales d’aménagement ou de gestion de l’eau. Ces questions essentielles pour la grande majorité des deltas amènent à poursuivre le développement de modèles adéquats, modèles qui pourront éclairer la décision publique sur les stratégies d’adaptation aux changements globaux

Cette thèse vise donc à répondre à la question de recherche suivante : Comment appréhender le fonctionnement hydrologique des grandes plaines deltaïques dans une perspective de gestion intégrée des ressources ? Plus particulièrement, les sous questions porteront sur : (1) comment représenter la complexité hydro-sociale des deltas dans une plateforme de modélisation ; (2) comment calibrer de tels modèles sur la base de données et informations de nature différentes et collectées à différentes échelles et (3) comment utiliser ces modèles pour tester des scénarios en appui à des projets de développement et politiques publiques.

Ce travail sera mené dans le haut delta du Mékong au Cambodge et plus particulièrement la province de Kandal, en aval de Phnom Penh, en grande partie située entre les fleuves Mékong et Bassac et la frontière du Vietnam. Contrairement au delta Vietnamien du Mékong, la province de Kandal n’a pas fait l’objet de projets d’aménagement de grande ampleur : il s’agit d’une zone humide dont une grande partie est inondée en saison des pluies (procurant ainsi un biotope privilégié pour la reproduction et le développement de la faune aquatique) et, lorsque l’eau se retire, est propice à la riziculture de décrue dans les zones les plus basses. On y trouve cependant des infrastructures sommaires datant de la période coloniale et utilisées continuellement depuis : des brèches dans les berges du Mékong et du Bassac se prolongent par des canaux en terre, perpendiculaires à ces deux cours d’eau.

 

 

Prek Ag landscape1© Preks Ag Landscape, Venot J.P., IRD

 

 

Ces canaux, localement appelés Preks constituent des voies de communication privilégiées tout au long de l’année pour les populations et ont permis le développement de deux types d’agriculture irriguée : (1) horticulture et maraichage sur les terres les plus hautes (les agriculteurs utilisent alors des petites motopompes pour pomper de l’eau depuis les Preks) et (2) riziculture dans les zones d’arrière berge. L’hydro-socio-système remarquable de Kandal est à la croisée des chemins alors que divers projets de réhabilitation de ces Preks ont récemment été conduits et d’autres sont en cours de planification – avec de possibles perspectives de « poldérisation ». La région de Kandal dans le haut delta du Mékong offre donc l’opportunité de comprendre l’hydrologie d’un hydro-socio-système de delta relativement peu artificialisé mais aussi de discuter des impacts possibles – et stratégies d’adaptation - que différentes modalités d’aménagement pourraient avoir sur la base de l’élaboration et modélisation de scénarios actuellement à l’agenda du gouvernement cambodgien et des bailleurs de fond qui l’appuient. 

Informations supplémentaires

  • Contact:

    Doctorant : ORIESCHNIG Christina
    Téléphone : -----
    E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

  • INFORMATION THESE:

    École Doctorale : GAIA
    Directeur de thèse : Gilles BELAUD
    Encadrant : J.P. Venot et S. Massuel
    Date Début : 15/10/2018
    Date de soutenance : XX/XX/2021

  • Equipe(s) de l'UMR concernée(s):

    INCA et Socio-Hydro

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