Les zones oasiennes et arides du Maghreb sont confrontées à de grands changements qui concernent la société en général, comme par exemple, l’augmentation des mobilités. Le secteur agricole est plus particulièrement concerné avec le développement de formes d’agriculture moderne au côté de formes plus traditionnelles. Ces changements sont sources d’opportunités de développement, mais aussi de risques en termes de durabilité de ce développement, tels l’usage non durable des sols et des eaux, la baisse de la biodiversité, et l’accroissement des inégalités sociales.

Khalil LAIB a soutenu sa thèse de doctorat intitulée "Conception d’une démarche d’analyse et d’amélioration participative des performances de la fertigation en goutte à goutte pour la production maraîchère sous serre, cas de la commune d'El Ghrous au Ziban" le 22 ocotbre 2019 devant le Jury composé de :

 

  • M. CHABACA Mohamed Nacer Professeur, ENSA Alger Président
  • M. HARTANI Tarik Professeur, CU Tipaza Directeur de thèse
  • M. BOUARFA Sami Professeur, Irstea Montpellier Co-directeur de thèse
  • M. REGUIEG Lies Professeur, ENSA Alger Examinateur
  • M. HAMMANI Ali Professeur, IAV H II Rabat Examinateur
  • M. KUPER Marcel Professeur, Cirad Montpellier Examinateur


Résumé :
Tenir compte des conditions réelles de terrain pour évaluer la performance d’un équipement d’irrigation constitue un défi majeur pour les scientifiques. La difficulté de l’approche consiste dans la constitution des indicateurs mesurables reflétant la réelle performance de ces équipements. Avoir une bonne appréciation du niveau de performance d’un système d’irrigation constitue un premier pas dans son amélioration. De nombreuses méthodes de vulgarisation sont ainsi mobilisées, elles visent le transfert de l’expertise scientifique d’irrigation, produite en laboratoire, aux agriculteurs sur leur terrain. Ces méthodes de vulgarisation qui suivent un modèle linéaire, descendant trouvent leur limite. Ceci a laissé la place à une expertise d’usage construite localement sur le terrain à la suite aux interactions entre les acteurs locaux de terrain, conduisant ainsi à une diversité de pratiques agricoles, y compris d’irrigation et de fertilisation, entre les agriculteurs de profils différent. Cette diversité se traduit par des rendements variables (pour la tomate) de 55 à 110 Tonne par hectare. Cette thèse vient de mettre d’une part en question les approches conventionnelles d’évaluation de la performance d’irrigation et d’autre part le débat sur la méthode d’apprentissage adoptées pour la vulgarisation en agriculture.
Cette étude est menée sur un équipement d’irrigation localisé en gaines perforées de goutte à goutte, qualifié de « low-cost ». Cet équipement devient la technique principale pour l’apport d’eau et d’engrais aux cultures maraichères cultivées sous serre dans la région des Ziban dans le Sud-est de l’Algérie. Grace à la disponibilité de la terre, de l’eau et d’un climat favorable à la production précoce des maraichers, cette région a connu un boom agricole au cours des vingt dernières années. Ce boom était soutenu par un arrivé massif de jeunes agriculteurs, venant principalement du Nord, qui viennent à la recherche d’un avenir à partir des serres.
Ce travail a pour objectif d’analyser la performance de fertigation en goutte à goutte dans les conditions réelles des agriculteurs. Ceci en se basant sur une approche méthodologique innovante permettant la combinaison de l’expertise technique et d’usage. L’approche s’articule sur trois principaux axes : i) une co-analyse des pratiques avec les agriculteurs, ii) une analyse des effets des pratiques par la modélisation sur le plan hydraulique et agronomique et iii) une mise en oeuvre d’une démarche participative pour débattre et améliorer les pratiques de fertigation.
Ce choix méthodologique nous a permis de comprendre l’influence des facteurs externes sur la décision d’irrigation et de fertilisation des agriculteurs. A travers la modélisation, nous avons pu expliquer les effets de ces pratiques sur les cultures et en particulier sur les rendements.
Ce retour instantané des effets des pratiques sur le rendement donné par les modèles utilisés, à savoir Aquacrop et Pilote N, a constitué un outil pédagogique efficace, sa mobilisation a conduit trois quart des participants aux ateliers d’apprentissage à améliorer leurs pratiques de fertigation.


Mots clé : Performance, goutte à goutte, expertise technique, expertise d’usage, modélisation, démarche participative, fertigation, Biskra, Algérie. 

Unites de fertilisation lie au systme dirrigaton au goutte goutte Algrie 
 Photo : Unités de fertilisation lié au système d'irrigation au goutte à goutte, commune d'Elghrous, Biskra, Algérie

Résumé : L'implication des populations dans les processus de décision concernant la gestion de leurs ressources naturelles a été largement encouragée par les acteurs institutionnels, de l'échelle nationale à l'échelle internationale. L’évaluation de ces processus est importante pour déterminer leur efficacité et renforcer leur gouvernance. C'est pourquoi nous avons proposé avec cette thèse de développer un outil d'évaluation des impacts des processus participatifs dans le temps sur les personnes y prenant part. Pour ce faire, nous explorons l’utilisation d’une expérimentation sociale pour accomplir cette tâche et nous nous concentrons sur les capabilités des participants, c’est-à-dire leurs libertés d’être et de faire auxquelles ils accordent de la valeur. Ainsi, la principale question de recherche de cette thèse est la suivante: est-il possible d’utiliser une expérimentation sociale basée sur un jeu de rôle pour évaluer l’impact des processus participatifs pour la gestion de l’eau sur leurs participants?

Nous nous sommes concentrés sur trois capabilités liées à la prise de décisions participative dans le domaine de la gestion des ressources en eau: être capable, en tant qu’individu, de s’exprimer dans un contexte social déterminé; être capable de faire collectivement le diagnostic d'une situation problématique; et être capable de collectivement établir des règles pour gérer un socio-écosystème et de les mettre en œuvre.

Nous avons conçu l’expérimentation CappWag, un outil d’évaluation mixte reposant sur un jeu de rôle ad hoc appelé CAPPWAG (divisé en une version ex ante, CAPPWAG-RIVIERE, et une version ex post, CAPPWAG-LAC), un questionnaire et un débriefing collectif. Nous avons mis en œuvre l’expérience CappWag sur deux études de cas: une unique évaluation de capabilités en Tunisie dans le cadre du projet PR-OSCAR ; et une évaluation ex ante ex post en France avec des étudiants de première année au sein du Master Eau et participant à un cours de trois mois sur la Gestion intégrée des ressources en eau. Les résultats ont montré que les capabilités évaluées dans les douze groupes de participants variaient considérablement en termes d’existence et de développement. Dans le cas du Master Eau, l’évolution des trois capabilités au cours des trois mois du cours de GIRE était tout aussi diverse et, malgré nos attentes, elles n’ont pas toujours augmenté, et parfois même diminué. La méthodologie que nous avons utilisée pour analyser les données s'est avérée être un compromis intéressant entre la collecte et le traitement des données et la précision des résultats finaux fournis aux chercheurs, mais également aux praticiens et aux participants. L'évaluation des capabilités collectives a été la partie la plus difficile des analyses, en raison des multiples configurations possibles de groupes qui peuvent avoir lieu pendant un atelier. Malgré les efforts entrepris pour rendre l'outil d'évaluation aussi attrayant que possible pour les participants et les praticiens, son inclusion dans de vraies processus participatifs pourrait encore être améliorée, afin de garantir sa double mise en œuvre (ex ante et ex post). L’approche par les capabilités qui sert de cadre conceptuel à cette thèse présente de solides atouts pour saisir les motivations, les intérêts et les capacités des participants en termes de gestion des ressources en eau et d’action collective. Afin d’être encore plus utile aux praticiens et aux participants, notre outil d’évaluation tirerait profit de la collecte et du traitement d’informations supplémentaires concernant la participation des personnes au processus participatif ou à la formation évalués dans la vie réelle, ainsi qu’aux événements et aux dynamiques sociales s’y déroulant.

 

Mots-clés : approche par les capabilités, capabilités collectives, suivi-évaluation, expérimentation sociale, gestion participative de l’eau.

 

Ces travaux ont été dirigés par M. Nils FERRAND et co-endrés par M. Patrice GARIN.

Membres du jury : 

  • Mme Juliette ROUCHIER, Directrice de Recherche, CNRS, UMR LAMSADE (Rapporteure)
  • Jérôme BALLET, Maître de Conférences, Université de Bordeaux, UMR GREThA (Rapporteur)
  • Mme Sylvie LARDON, Directrice de Recherche, INRA, UMR Metafort (Examinatrice)
  • Nicolas BECU, Chargé de Recherche CNRS, UMR LIENs (Examinateur)
  • Alexandre Apsan FREDIANI, Associate Professor, The Bartlett Development Planning Unit, University College London (Examinateur)
  • Arnaud BANOS Directeur de Recherche, CNRS, UMR IDEES (Examinateur)
  • Olivier BARRETEAU, ICPEF, Irstea, UMR G-EAU (Examinateur)
  • Nils FERRAND, Chargé de Recherche, Istea, UMR G-EAU (Directeur de thèse)

Le 14 septembre 2019, sur le site marseillais d'Aix-Marseille Université, Jeanne Riaux a soutenu son Habilitation à Diriger les Recherches.

 

Elle y a présenté une réflexion issue de son expérience de recherche auprès et avec les hydrologues, intitulée : Une anthropologie "chez" les hydrologues. Penser la production de savoirs hydrologiques à travers la relation interdisciplinaire.

 

Il est question de dialogue interdisciplinaire, de savoirs hydrologiques, de médiations sociohydrologiques et d'engagement.

 

Cette réflexion a été accompagnée par Laurent Vidal et présentée devant un jury composé de :

  • Chantal Aspe, Maître de Conférences AMU. Rapporteure,
  • Stéphane Ghiotti, Chargé de recherche CNRS. Examinateur,
  • Marcel Kuper, Directeur de Recherche CIRAD. Examinateur,
  • Pierre-Yves Le Meur, Directeur de recherche IRD. Rapporteur,
  • Pierre Ribstein, Professeur Université Paris VI. Rapporteur,
  • Laurent Vidal, Directeur de recherche IRD. Garant,
  • Anna Wesselink, Visiting Researcher Univ. of Leeds. Examinatrice.

 

Résumé :

Dans le domaine de l’eau tel qu’il est abordé par les sciences de la société, un aspect demeure encore peu documenté : celui des savoirs hydrologiques et de la manière dont ces derniers, qu’ils soient « scientifiques » ou « vernaculaires », sont construits, produits, véhiculés. À l’inverse de ce qui s’est passé autour des savoirs liés au vivant : botanique, agronomie ou écologie, peu de recherches ont associé l’anthropologie aux sciences de l’eau. En cela la fabrique d’une anthropologie « chez » les hydrologues repose sur une pratique scientifique originale qui interroge à la fois la rencontre des sciences de la nature et des sciences de la société, les savoirs hydrologiques et le rôle de l’anthropologue dans un contexte interdisciplinaire de recherche pour le développement.


En revenant sur mon parcours scientifique au sein d’une équipe d’hydrologues, je brosse le tableau d’un monde de l’eau fragmenté, où sciences de la société et sciences hydrologiques dialoguent peu, s’ignorent souvent tout en se désirant parfois, s’opposent à demi-mots sans que rien ne soit clairement énoncé. Cela alors que les injonctions aux rapprochements interdisciplinaires se font de plus en plus pressantes, orientant fortement les projets de recherche à l’oeuvre aujourd’hui autour de l’eau. Dans ce contexte, la réflexion sur les conditions d’élaboration (ou non) d’un dialogue interdisciplinaire équilibré et fécond apparait essentielle.


À travers une ethnographie de la rencontre « sociohydrologique » sur un terrain tunisien, il s’agit d’en explorer les étapes : la pratique du terrain, la construction d’un raisonnement scientifique commun et l’écriture à plusieurs mains, puis le travail de réflexivité sur les pratiques et postures de recherche. C’est au cours de ces étapes que les savoirs hydrologiques se sont constitués en objet de recherche interdisciplinaire, donnant lieu et sens au dialogue entre hydrologie et anthropologie. Avec les hydrologues, nous avons en effet pris conscience de la manière dont la recherche de chacun d’entre nous est engagée dans le monde social où elle est déployée. Cela nous a amenés à centrer le dialogue interdisciplinaire sur la compréhension des processus cognitifs et politiques à l’oeuvre dans la production de savoirs hydrologiques, dans la manière dont ils circulent, les contradictions et/ou complémentarités qui peuvent émerger de leurs rencontres, ainsi que les rapports de force qui en sous-tendent la hiérarchisation.


Le travail de réflexivité est ici volontairement provoqué par l’anthropologue. Mais les nouvelles interrogations qui résultent de ce travail transforment autant les hydrologues que l’anthropologue. Cette « maïeutique croisée » amène les chercheurs dans des directions imprévues, permettant d’explorer certains impensés de la production de savoirs et des pratiques scientifiques. Alors qu’il est généralement attendu (espéré ?) que le dialogue interdisciplinaire atténue les différences de langage, de postures et de point de vue, le cheminement réflexif mène plutôt à exacerber les différences, pour pouvoir les expliciter, les valoriser, puis les articuler. Ce processus de négociation fait émerger une manière originale de pratiquer et de faire avancer chacune des disciplines en présence. Cela met les protagonistes de la démarche sociohydrologique en position de « médiateurs » (traducteurs, facilitateurs, agitateurs, maïeuticiens, etc.) dans leurs propres arènes disciplinaires et dans les mondes de l’eau qu’ils côtoient. Cette position permet d’adopter un rôle privilégié pour penser le dialogue science/société autour de l’eau, par la connaissance fine des acteurs (scientifiques, habitants, irrigants, gestionnaires, etc.), des causes qu’ils portent et des savoirs qu’ils produisent et/ou mobilisent pour cela. La pratique collective d’une interdisciplinarité sociohydrologique est alors en mesure d’infléchir profondément la manière dont nous, chercheurs, nous situons par rapport aux arènes de décision sur l’eau, la manière dont nous pensons notre rôle dans la société. C’est là le programme d’une anthropologie engagée dans les arènes scientifiques et opérationnelles de l’eau, une anthropologie « chez » les hydrologues.

La plaine côtière du Gharb au Maroc, exposée aux sécheresses estivales, intrusions salines et crues hivernales, a vu son agriculture se développer à partir de 1920 grâce à l’installation de réseaux d’assainissement et d’irrigation. Malgré ces aménagements, la faible capacité de ses exutoires naturels rend cette plaine particulièrement vulnérable aux inondations produites par les pluies hivernales reçues sur le bassin versant du Sebou, responsables d’importantes pertes agricoles.

Face au changement climatique et aux sollicitations de la ressource en eau, l’enjeu des économies d’eau en agriculture devient de plus en plus pressant. A l’échelle européenne, l’agriculture est responsable d’environ 25% des prélèvements totaux (EEA, 2009), avec de grandes variations selon les pays. La règlementation européenne, via la directive cadre sur l’eau vise à une gestion durable de l’eau qui se décline, entre autres, par des économies d’eau.

La plateforme du domaine agricole du Merle dans la plaine de la Crau est une plateforme pédagogique et expérimentale spécialisée, entre autres, dans la gestion de l’eau. L'eau y est un intrant essentiel pour la production emblématique de la région (foin de Crau), et est donc porteuses d'enjeux socio-agro-techniques à diverses échelles (de l'exploitation aux collectifs d'usagers). La plateforme permet aussi de maintenir des activités sur les pratiques d’irrigation de surface, qui font rarement l’objet de travaux dans les plateformes techniques sur l’irrigation, alors qu’il s’agit d’une technique largement dominante au niveau mondial. Le Domaine du Merle permet également une ouverture aux enjeux territoriaux sur le bassin de la Durance et le territoire associé à la nappe de la Crau grâce à un partenariat fort avec les usagers de l’eau de la Crau.

 

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